Intervention d'Erick Beltran autour de ses recherches sur la synesthésie.
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Intervention de Brian Holmes.
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TERE RECARENS
Workshop et projet personnel
Un entretien réalisé par Sarah Sabourin
Je lui pose la question : Comment exprimer aux autres, travailler avec d'autres sur cette idée de projets impossibles ? Elle me corrige : des projets apparemment impossibles. Je lui dis que j'aurais répondu à cette proposition en pensant à faire quelque chose d'extraordinaire. Elle me demande c'est quoi quelque chose d'extraordinaire ? L'apparemment impossible n'est ni l'impossible ni l'extraordinaire. L'apparemment impossible, c'est se donner les moyens d'aller jusqu'au bout d'un projet. Les moyens tant plastiques que physiques et économiques. Pour TERE justement aucun projet n'est impossible. La difficulté, la contrainte, l'empêchement, le surpassement sont autant de moteurs et de matériaux du travail de TERE.
TERE a tout d'abord présenté son travail aux élèves qui souhaitaient participer à son workshop intitulé « Des Choses apparemment impossibles ou la réconciliation impertinente »
Ce qui l'intéressait tout d'abord c'était d'avoir un panel d'interprétations et d'idées face à son projet in situ dans le cadre du Plateau pour l'exposition Société Anonyme.
Elle avoue avoir retenu les idées qui lui plaisaient le plus, qui étaient le plus en lien avec son travail. Ceux qu'elle n'a pas pu choisir impliquaient d'autres démarches qui n'étaient pas de l'ordre de l'apparemment impossible : facilité, contournement, illusion, retournement, tour de passe-passe. L'apparemment impossible serait l'exploitation de toutes les impossibilités qui se posent ou que l'on se pose. Peut-être de l'ordre du défi, du challenge puisque TERE a été appelée « Artiste sportive » ou bien encore « Miss Work » d'une épreuve ou endurance à toute épreuve, endurance à soutenir le fil de ses intentions et de son projet.
TERE va même au-delà d'un projet mené à bien puisque ce qui l'a séduite dans les propositions d'élèves, c'étaient cette idée qui correspond à son travail qu'un projet pouvait être mené à l'extrême. Par rapport au temps du workshop, il était hors de question pour TERE de ne rien présenter lors de l'inauguration de l'exposition, simplement pour une raison de délai de réalisation. Alors le mur réservé à son travail a été investi par TERE et les autres participants au workshop par leurs idées de projets. Donner une visibilité aux idées, réaliser un accrochage d'idées, c'était déjà un objectif, une étape du travail, c'était déjà s'inscrire dans le faire.
Aucun projet n'en reste là et TERE mène en parallèle la poursuite du workshop et un projet personnel autour du mur. Je dis « autour » parce que c'est très important pour TERE qu'il s'agisse non d'une cloison, mais d'une paroi autour de laquelle on puisse faire le tour, un mur tronqué de part et d'autre, un segment de mur planté là. C'est un choix de sa part que d'utiliser un mur « réversible » comme elle dit, c'est-à-dire que tu peux te trouver d'un côté ou de l'autre sans rentrer ou sortir, c'est ça « réversible ».
Elle dessine un croquis avec quelque chose accrochée d'un côté du mur et autre chose accrochée de l'autre côté. Je lui demande : C'est important pour toi que l'on ne puisse pas voir les deux en même temps, que l'on doivent se déplacer pour voir l'une et l'autre, que l'on doive faire le tour, et refaire le tour pour revoir ? Elle me répond oui. Quand je formule cette question je parle en faisant le geste avec le doigt: je tourne plein de fois très vite. Oui ça a l'air important pour elle ça. L'idée du déplacement physique est très chère à TERE.
Lorsqu'elle m'a confié ses textes à lire sur son travail jusqu'à maintenant j'y ai lu qu'elle se déplaçait très très souvent elle raconte en taxi ou en van ou encore en avion sans trop avoir décidé d'une destination en particulier. Je lui pose la question : Qu'est-ce qui est le plus important pour toi finalement le déplacement ou la destination ? Elle répond qu'elle va là où il y a l'opportunité à moment donné. Chacun des lieux où elle se rend se présente à elle aussi comme un terrain de travail avec de nouveaux rapports à expérimenter, physiques et sociaux, avec l'endroit. L'enjeu physique fait partie des préoccupations de TERE. Pour la présenter il était dit qu'elle « réactivait la notion de performance dans un esprit qui ne séparait pas les conditions de vie des conditions de production, comme action sociale et participative, ouverte au risque et à l'imprévu ». On peut dire aussi qu'elle réactive le terme de performance dans son sens premier, c'est-à-dire une réussite sportive qui implique un surpassement physique, de l'ordre du record, du difficilement faisable réalisé. Elle prend. Elle se saisit de ce qu'elle rencontre. Elle espère imprimer son souvenir là où elle passe. Quant aux voyages de TERE, ils sont en même temps conditions de vie et conditions de production, c'est tout à fait juste Si les notions d'étrangeté et de familiarité lui importe, c'est parce qu'elles ne produisent pas le même travail.
L'interroger sur le concept de territoire, d'ancrage, d'une temporalité spécifique liée au déplacement, j'ai vite compris que ça n'était pas très pertinent ni très adapté à ses interets (TERE utilise son prénom pour jouer avec le titre de ses projets).
TERE RECARENS parle expérience de vie et de travail, expérimentation, rencontre et réaction. Elle ne se déplace ni par manque viscéral ni par besoin vital de changement. Elle se déplace parce que c'est important de le faire, pour tout le monde d'ailleurs, selon elle et que ça lui arrive, sans calcul ni planification. Ce qui la caractérise par contre, c'est d'expérimenter jusqu'au bout une ville ou un pays, peut-être jusqu'à effacer son extériorité, de les vivre vraiment, de découvrir et d'exploiter les situations locales extrêmes qu'ils présentent.
S'il fallait répondre aux questions liées au territoire, à l'ancrage, au temps, je parlerais pour TERE d'une idée (qui les englobe) d'instabilité : avec son travail TOMBER elle définit « un instant dans lequel le corps perd l'équilibre ». « Avec l'idée de construire un sol instable naît TEREMOTO ». Tantôt le corps est instable, tantôt le lieu, bref le rapport physique à l'extérieur tient dans un équilibre mince. L'engagement physique du corps dans la démarche de TERE représente-t-il une solidification de ce rapport fragile ? Ou au contraire met-il en avant ce rapport comme une épreuve physique constante ? Est-ce que le jeu d'incorporer son prénom au titre de ses productions elle explique d'ailleurs dans ses textes que son nom signifie quelque chose dans toutes les langues. L'universalité de son prénom pourrait-on dire... ne pose pas également un certain rapport au monde extérieur ? Bien qu'un peu littérale, je me pose la question de savoir si TERE appréhende ce monde extérieur comme une épreuve d'endurance, un saut d'obstacle, une compétition ? Un rapport difficile et excitant.
D'ailleurs pour refaire le lien avec son intervention dans Société Anonyme, sans qu'elle ne veuille en dévoiler plus, TERE a voulu pour son projet découvrir et connaître la pratique du tir à l'arc... Je n'en dirai rien de plus moi non plus. Je crois que c'est assez dans la continuité de tout ce que j'ai déjà présenté.
Société Anonyme (Mars - Mai 2007) au Plateau
TERE RECARENS
Workshop et projet personnel
Je lui pose la question : Comment exprimer aux autres, travailler avec d'autres sur cette idée de projets impossibles ? Elle me corrige : des projets apparemment impossibles. Je lui dis que j'aurais répondu à cette proposition en pensant à faire quelque chose d'extraordinaire. Elle me demande c'est quoi quelque chose d'extraordinaire ? L'apparemment impossible n'est ni l'impossible ni l'extraordinaire. L'apparemment impossible, c'est se donner les moyens d'aller jusqu'au bout d'un projet. Les moyens tant plastiques que physiques et économiques. Pour TERE justement aucun projet n'est impossible. La difficulté, la contrainte, l'empêchement, le surpassement sont autant de moteurs et de matériaux du travail de TERE.
TERE a tout d'abord présenté son travail aux élèves qui souhaitaient participer à son workshop intitulé « Des Choses apparemment impossibles ou la réconciliation impertinente »
Ce qui l'intéressait tout d'abord c'était d'avoir un panel d'interprétations et d'idées face à son projet in situ dans le cadre du Plateau pour l'exposition Société Anonyme.
Elle avoue avoir retenu les idées qui lui plaisaient le plus, qui étaient le plus en lien avec son travail. Ceux qu'elle n'a pas pu choisir impliquaient d'autres démarches qui n'étaient pas de l'ordre de l'apparemment impossible : facilité, contournement, illusion, retournement, tour de passe-passe. L'apparemment impossible serait l'exploitation de toutes les impossibilités qui se posent ou que l'on se pose. Peut-être de l'ordre du défi, du challenge puisque TERE a été appelée « Artiste sportive » ou bien encore « Miss Work » d'une épreuve ou endurance à toute épreuve, endurance à soutenir le fil de ses intentions et de son projet.
TERE va même au-delà d'un projet mené à bien puisque ce qui l'a séduite dans les propositions d'élèves, c'étaient cette idée qui correspond à son travail qu'un projet pouvait être mené à l'extrême. Par rapport au temps du workshop, il était hors de question pour TERE de ne rien présenter lors de l'inauguration de l'exposition, simplement pour une raison de délai de réalisation. Alors le mur réservé à son travail a été investi par TERE et les autres participants au workshop par leurs idées de projets. Donner une visibilité aux idées, réaliser un accrochage d'idées, c'était déjà un objectif, une étape du travail, c'était déjà s'inscrire dans le faire.
Aucun projet n'en reste là et TERE mène en parallèle la poursuite du workshop et un projet personnel autour du mur. Je dis « autour » parce que c'est très important pour TERE qu'il s'agisse non d'une cloison, mais d'une paroi autour de laquelle on puisse faire le tour, un mur tronqué de part et d'autre, un segment de mur planté là. C'est un choix de sa part que d'utiliser un mur « réversible » comme elle dit, c'est-à-dire que tu peux te trouver d'un côté ou de l'autre sans rentrer ou sortir, c'est ça « réversible ».
Elle dessine un croquis avec quelque chose accrochée d'un côté du mur et autre chose accrochée de l'autre côté. Je lui demande : C'est important pour toi que l'on ne puisse pas voir les deux en même temps, que l'on doivent se déplacer pour voir l'une et l'autre, que l'on doive faire le tour, et refaire le tour pour revoir ? Elle me répond oui. Quand je formule cette question je parle en faisant le geste avec le doigt: je tourne plein de fois très vite. Oui ça a l'air important pour elle ça. L'idée du déplacement physique est très chère à TERE.
Lorsqu'elle m'a confié ses textes à lire sur son travail jusqu'à maintenant j'y ai lu qu'elle se déplaçait très très souvent elle raconte en taxi ou en van ou encore en avion sans trop avoir décidé d'une destination en particulier. Je lui pose la question : Qu'est-ce qui est le plus important pour toi finalement le déplacement ou la destination ? Elle répond qu'elle va là où il y a l'opportunité à moment donné. Chacun des lieux où elle se rend se présente à elle aussi comme un terrain de travail avec de nouveaux rapports à expérimenter, physiques et sociaux, avec l'endroit. L'enjeu physique fait partie des préoccupations de TERE. Pour la présenter il était dit qu'elle « réactivait la notion de performance dans un esprit qui ne séparait pas les conditions de vie des conditions de production, comme action sociale et participative, ouverte au risque et à l'imprévu ». On peut dire aussi qu'elle réactive le terme de performance dans son sens premier, c'est-à-dire une réussite sportive qui implique un surpassement physique, de l'ordre du record, du difficilement faisable réalisé. Elle prend. Elle se saisit de ce qu'elle rencontre. Elle espère imprimer son souvenir là où elle passe. Quant aux voyages de TERE, ils sont en même temps conditions de vie et conditions de production, c'est tout à fait juste Si les notions d'étrangeté et de familiarité lui importe, c'est parce qu'elles ne produisent pas le même travail.
L'interroger sur le concept de territoire, d'ancrage, d'une temporalité spécifique liée au déplacement, j'ai vite compris que ça n'était pas très pertinent ni très adapté à ses interets (TERE utilise son prénom pour jouer avec le titre de ses projets).
TERE RECARENS parle expérience de vie et de travail, expérimentation, rencontre et réaction. Elle ne se déplace ni par manque viscéral ni par besoin vital de changement. Elle se déplace parce que c'est important de le faire, pour tout le monde d'ailleurs, selon elle et que ça lui arrive, sans calcul ni planification. Ce qui la caractérise par contre, c'est d'expérimenter jusqu'au bout une ville ou un pays, peut-être jusqu'à effacer son extériorité, de les vivre vraiment, de découvrir et d'exploiter les situations locales extrêmes qu'ils présentent.
S'il fallait répondre aux questions liées au territoire, à l'ancrage, au temps, je parlerais pour TERE d'une idée (qui les englobe) d'instabilité : avec son travail TOMBER elle définit « un instant dans lequel le corps perd l'équilibre ». « Avec l'idée de construire un sol instable naît TEREMOTO ». Tantôt le corps est instable, tantôt le lieu, bref le rapport physique à l'extérieur tient dans un équilibre mince. L'engagement physique du corps dans la démarche de TERE représente-t-il une solidification de ce rapport fragile ? Ou au contraire met-il en avant ce rapport comme une épreuve physique constante ? Est-ce que le jeu d'incorporer son prénom au titre de ses productions elle explique d'ailleurs dans ses textes que son nom signifie quelque chose dans toutes les langues. L'universalité de son prénom pourrait-on dire... ne pose pas également un certain rapport au monde extérieur ? Bien qu'un peu littérale, je me pose la question de savoir si TERE appréhende ce monde extérieur comme une épreuve d'endurance, un saut d'obstacle, une compétition ? Un rapport difficile et excitant.
D'ailleurs pour refaire le lien avec son intervention dans Société Anonyme, sans qu'elle ne veuille en dévoiler plus, TERE a voulu pour son projet découvrir et connaître la pratique du tir à l'arc... Je n'en dirai rien de plus moi non plus. Je crois que c'est assez dans la continuité de tout ce que j'ai déjà présenté.
Sarah Sabourin,
étudiante aux Beaux-Arts de Bordeaux
Assistante des commissaires de Société Anonyme
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Société Anonyme
14 mars-13 mai 2007
Le Plateau, Paris
Conception : Thomas Boutoux, Natasa Petresin, et François Piron
Avec : 16Beaver / Un groupe comme les autres (New York), b_books (Berlin), Erick Beltrán (Mexico), Chto delat? / What is to be done? (Saint Petersbourg / Moscou), Curating the Library / Moritz Küng (Anvers), Nico Dockx & friends (Anvers), Tere Recarens (Barcelone / Berlin), tranzit.cz / Vítek Havránek (Prague), tv-tv (Copenhague), WHW / What, How & for Whom (Zagreb)
Société Anonyme rassemble des artistes, des collectifs et des structures, implantés dans différentes villes du monde (Anvers, Berlin, New York, Zagreb, Barcelone, Mexico, Copenhague, Moscou et Saint-Pétersbourg), qui ont été invités à délocaliser leur activité à Paris pendant un temps donné pour y imaginer de nouveaux projets en lien avec le contexte français et en collaboration avec des artistes, chercheurs, ou intellectuels d'ici. Chaque structure et collectif invité présente dans l'espace du Plateau quelques-uns de ses projets déjà réalisés sous la forme d'archives ou d'installations légères et dans le même temps dévoilent les recherches et productions qu'elles sont en train de mener à Paris, à travers un programme d'événements publics (sous la forme de conférences, projections, actions, performances, séminaires, workshops, dîners, concerts, fêtes, etc.).
©Image Laurent Fétis
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